Il y a 23 heures
Les bijoux
La très-chère était nue, et, connaissant mon cœur,
Elle n'avait gardé que ses bijoux sonores,
Dont le riche attirail lui donnait l'air vainqueur
Qu'ont dans leurs jours heureux les esclaves des Mores.
Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur,
Ce monde rayonnant de métal et de pierre
Me ravit en extase, et j'aime à la fureur
Les choses où le son se mêle à la lumière.
Elle était donc couchée et se laissait aimer,
Et du haut du divan elle souriait d'aise
À mon amour profond et doux comme la mer,
Qui vers elle montait comme vers sa falaise.
Les yeux fixés sur moi comme un tigre dompté,
D'un air vague et rêveur elle essayait des poses,
Et la candeur unie à la lubricité
Donnait un charme neuf à ses métamorphoses ;
Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins,
Polis comme de l'huile, onduleux comme un cygne,
Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins ;
Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,
S'avançaient, plus câlins que les Anges du mal,
Pour troubler le repos où mon âme était mise,
Et pour la déranger du rocher de cristal
Où, calme et solitaire, elle s'était assise.
Je croyais voir unis par un nouveau dessin
Les hanches de l'Antiope au buste d'un imberbe,
Tant sa taille faisait ressortir son bassin.
Sur ce teint fauve et brun le fard était superbe !
– Et la lampe s'étant résignée à mourir,
Comme le foyer seul illuminait la chambre,
Chaque fois qu'il poussait un flamboyant soupir,
Il inondait de sang cette peau couleur d'ambre !
Charles Baudelaire, "Les Fleurs du mal", 1857
Libellés :
Baudelaire
Le grand bonheur
Mon amour, mon amour
le grand bonheur que me donnent tes mains
c'est le bonheur d'une chose
qui saurait qu'elle est belle
Mes seins jaillis du lait horizontal
convoitent leurs étoiles soeurs
Le grand bonheur que me donne ton sexe
est le bonheur des choses gouvernées
le bonheur des choses qu'on ouvre
le grand bonheur des choses éclatées
le grand repos des choses immobiles.
Mireille SORGUE, 1985
un très bel article sur Mireille Sorgue ici
et un site qui lui est consacré là
le grand bonheur que me donnent tes mains
c'est le bonheur d'une chose
qui saurait qu'elle est belle
Tuiles romaines
qui aiment
leur rondeur
Collines
que charme la mélodie de leur profilqui aiment
leur rondeur
Collines
Mes seins jaillis du lait horizontal
convoitent leurs étoiles soeurs
prisonnières dans tes doigts
Le grand bonheur que me donne ta boucheest celui d'une chose bu
qui se réjouit de son goût
Liqueur Saveur Faveur Salivequi se réjouit de son goût
Le grand bonheur que me donne ton sexe
est le bonheur des choses gouvernées
le bonheur des choses qu'on ouvre
le grand bonheur des choses éclatées
le grand repos des choses immobiles.
Mireille SORGUE, 1985
un très bel article sur Mireille Sorgue ici
et un site qui lui est consacré là
L'amant de lady Chatterley
C'est d'elle-même qu'elle voulait être sauvée, de cette rage, de cette résistance qu'elle sentait en elle-même. Et pourtant quelle force dans cette résistance !
Il la reprit dans ses bras et l'attira à lui, et soudain elle devint petite dans ses bras, petite et câline. C'était fini, la résistance était finie, et elle commença à fondre en une paix merveilleuse. Et, comme elle fondait merveilleusement et devenait toute petite dans ses bras, elle lui devint infiniment désirable ; toutes ses veines semblèrent brûler d'un intense et pourtant tendre désir pour elle, pous sa douceur, pour cette pénétrante beauté qu'elle avait dans ses bras et qui lui passait dans le sang. Et doucement, de cette merveilleuse et vertigineuse caresse de sa main animée d'un doux et pur désir, doucement, il caressait la pente soyeuse de ses reins, plus bas, plus bas encore, entre ses fesses douces et chaudes, plus près, plus près encore de ce qu'il y avait en elle de plus vivant. Et elle le sentait comme une flamme de désir, tendre pourtant, et elle se sentait fondre dans la flamme. Elle se laissait aller. Elle senti le pénis se dresser contre elle avec une force extraordinaire, une silencieuse assertion, et elle se laissa aller à lui. Elle céda avec un frisson qui rassemblait à la mort, elle s'ouvrit tout entière à lui. Ah ! s'il n'était pas tendre envers elle maintenant, quelle cruauté, car elle était ouverte à lui tout entière, et toute à sa merci !
Elle frissonna de nouveau à cette entrée en elle, puissante, inexorable, si étrange, si terrible ! Ce serait peut-être un coup de sabre dans son corps doucement ouvert, et alors elle mourrait. Elle s'accrocha à lui, en proie à une soudaine et terrible angoisse. Mais ce fut une lente caresse de paix, la sombre caresse de paix, de puissante et primordiale tendresse, comme celle qui créa le monde aux origines. Et la terreur s'apaisa dans sa poitrine. Sa poitrine se laissa aller en paix ; elle même ne retint plus rien. Elle laissa tout aller, elle se laissa aller elle-même, tout entière, dans le flot.
Et il lui sembla qu'elle était comme la mer, toute en sombres vagues s'élevant et se gonflant en une montée puissante jusqu'à ce que, lentement, toute sa masse obscure fût en mouvement et qu'elle devînt un océant roulant sa sombre masse muette. Et, tout en bas, au tréfonds d'elle-même, les profondeurs de la mer se séparaient et roulaient de part et d'autre, en longues vagues qui fuyaient au loin, et, toujours, au plus vif d'elle-même, les profondeurs se séparaient et s'en allaient en roulant de chaque côté du centre où le plongeur plongeait doucement, plongeait de plus en plus profond, la touchant de plus en plus bas ; et elle était atteinte de plus en plus profond, de plus en plus profond, et les vagues d'elle-même s'en allaient en roulant vers quelque rivage, la laissant découverte ; et, de plus en plus près, plongeait l'inconnu palpable, et de plus en plus loin roulaient loin d'elle les vagues d'elle-même qui l'abandonnaient, jusqu'à ce que soudain, en une douce et frémissante convulsion, le fluide même de son corps fût touché ; elle se sut touchée ; tout fut consommé ; elle disparut. Elle avait disparu, elle n'était plus, elle était née : une femme.
Ah ! trop beau, trop charmant ! Dans le reflux, elle comprit toute cette beauté. Maintenant tout son corps s'accrochait avec un tendre amour à l'homme inconnu et, aveuglément, au pénis défaillant qui, tendrement, faiblement, sans le savoir, se retirait, après le furieux assaut de sa puissance. Comme il se retirait, chose secrète et sensible, et abandonnait son corps, elle poussa un cri inconscient, un cri de pure perte, et elle essaya de le remettre. C'avait été si parfait ; elle en avait eu tant de joie !
Et maintenant seulement, elle comprenait la petitesse du pénis, sa délicatesse, sa réticence de bourgeon, et un petit cri d'émerveillement et de douleur lui échappa encore : le cri de son coeur de femme émerveillé par la délicate fragilité de ce qui avait étét la puissance.
- Que c'est beau ! gémit-elle. Que c'est bon.
D.H. LAWRENCE - L'amant de lady Chatterley, 1933
Il la reprit dans ses bras et l'attira à lui, et soudain elle devint petite dans ses bras, petite et câline. C'était fini, la résistance était finie, et elle commença à fondre en une paix merveilleuse. Et, comme elle fondait merveilleusement et devenait toute petite dans ses bras, elle lui devint infiniment désirable ; toutes ses veines semblèrent brûler d'un intense et pourtant tendre désir pour elle, pous sa douceur, pour cette pénétrante beauté qu'elle avait dans ses bras et qui lui passait dans le sang. Et doucement, de cette merveilleuse et vertigineuse caresse de sa main animée d'un doux et pur désir, doucement, il caressait la pente soyeuse de ses reins, plus bas, plus bas encore, entre ses fesses douces et chaudes, plus près, plus près encore de ce qu'il y avait en elle de plus vivant. Et elle le sentait comme une flamme de désir, tendre pourtant, et elle se sentait fondre dans la flamme. Elle se laissait aller. Elle senti le pénis se dresser contre elle avec une force extraordinaire, une silencieuse assertion, et elle se laissa aller à lui. Elle céda avec un frisson qui rassemblait à la mort, elle s'ouvrit tout entière à lui. Ah ! s'il n'était pas tendre envers elle maintenant, quelle cruauté, car elle était ouverte à lui tout entière, et toute à sa merci !
Elle frissonna de nouveau à cette entrée en elle, puissante, inexorable, si étrange, si terrible ! Ce serait peut-être un coup de sabre dans son corps doucement ouvert, et alors elle mourrait. Elle s'accrocha à lui, en proie à une soudaine et terrible angoisse. Mais ce fut une lente caresse de paix, la sombre caresse de paix, de puissante et primordiale tendresse, comme celle qui créa le monde aux origines. Et la terreur s'apaisa dans sa poitrine. Sa poitrine se laissa aller en paix ; elle même ne retint plus rien. Elle laissa tout aller, elle se laissa aller elle-même, tout entière, dans le flot.
Et il lui sembla qu'elle était comme la mer, toute en sombres vagues s'élevant et se gonflant en une montée puissante jusqu'à ce que, lentement, toute sa masse obscure fût en mouvement et qu'elle devînt un océant roulant sa sombre masse muette. Et, tout en bas, au tréfonds d'elle-même, les profondeurs de la mer se séparaient et roulaient de part et d'autre, en longues vagues qui fuyaient au loin, et, toujours, au plus vif d'elle-même, les profondeurs se séparaient et s'en allaient en roulant de chaque côté du centre où le plongeur plongeait doucement, plongeait de plus en plus profond, la touchant de plus en plus bas ; et elle était atteinte de plus en plus profond, de plus en plus profond, et les vagues d'elle-même s'en allaient en roulant vers quelque rivage, la laissant découverte ; et, de plus en plus près, plongeait l'inconnu palpable, et de plus en plus loin roulaient loin d'elle les vagues d'elle-même qui l'abandonnaient, jusqu'à ce que soudain, en une douce et frémissante convulsion, le fluide même de son corps fût touché ; elle se sut touchée ; tout fut consommé ; elle disparut. Elle avait disparu, elle n'était plus, elle était née : une femme.
Ah ! trop beau, trop charmant ! Dans le reflux, elle comprit toute cette beauté. Maintenant tout son corps s'accrochait avec un tendre amour à l'homme inconnu et, aveuglément, au pénis défaillant qui, tendrement, faiblement, sans le savoir, se retirait, après le furieux assaut de sa puissance. Comme il se retirait, chose secrète et sensible, et abandonnait son corps, elle poussa un cri inconscient, un cri de pure perte, et elle essaya de le remettre. C'avait été si parfait ; elle en avait eu tant de joie !
Et maintenant seulement, elle comprenait la petitesse du pénis, sa délicatesse, sa réticence de bourgeon, et un petit cri d'émerveillement et de douleur lui échappa encore : le cri de son coeur de femme émerveillé par la délicate fragilité de ce qui avait étét la puissance.
- Que c'est beau ! gémit-elle. Que c'est bon.
D.H. LAWRENCE - L'amant de lady Chatterley, 1933
Poèmes à Lou
XXXIIII
Mon très cher petit Lou je t'aime
Ma chère petite étoile palpitante je t'aime
Corps délicieusement élastique je t'aime
Vulve qui serre comme un casse-noisette je t'aime
Sein gauche si rose et si insolent je t'aime
Sein droit si tendrement rosé je t'aime
Mamelon droit couleur de champagne non champagnisé je t'aime
Mamelon gauche semblable à une bosse du front d'un petit veau qui vient de naître je t'aime
Nymphes hypertrophiées par tes attouchements fréquents je vous aime
Fesses exquisement agiles qui se rejettent bien en arrière je vous aime
Nombril semblable à une lune creuse et sombre je t'aime
Toison claire comme une forêt en hiver je t'aime
Aisselles duvetées comme un cygne naissant je vous aime
Chute des épaules adorablement pure je t'aime
Cuisse au galbe aussi esthétique qu'une colonne de temple antique je t'aime
Oreilles ourlées comme de petits bijoux mexicains je vous aime
Chevelure trempée dans le sang des amours je t'aime
Pieds savants pieds qui se raidissent je vous aime
Reins chevaucheurs reins puissants je vous aime
Taille qui n'a jamais connu le corset taille souple je t'aime
Dos merveilleusement fait et qui s'est courbé pour moi je t'aime
Bouche ô mes délices ô mon nectar je t'aime
Regard unique regard-étoile je t'aime
Mains dont j'adore les mouvements je vous aime
Nez singulièrement aristocratique je t'aime
Démarche onduleuse et dansante je t'aime
O petit Lou je t'aime je t'aime je t'aime
Guillaume APOLLINAIRE - Poèmes à Lou, 1915
Mon très cher petit Lou je t'aime
Ma chère petite étoile palpitante je t'aime
Corps délicieusement élastique je t'aime
Vulve qui serre comme un casse-noisette je t'aime
Sein gauche si rose et si insolent je t'aime
Sein droit si tendrement rosé je t'aime
Mamelon droit couleur de champagne non champagnisé je t'aime
Mamelon gauche semblable à une bosse du front d'un petit veau qui vient de naître je t'aime
Nymphes hypertrophiées par tes attouchements fréquents je vous aime
Fesses exquisement agiles qui se rejettent bien en arrière je vous aime
Nombril semblable à une lune creuse et sombre je t'aime
Toison claire comme une forêt en hiver je t'aime
Aisselles duvetées comme un cygne naissant je vous aime
Chute des épaules adorablement pure je t'aime
Cuisse au galbe aussi esthétique qu'une colonne de temple antique je t'aime
Oreilles ourlées comme de petits bijoux mexicains je vous aime
Chevelure trempée dans le sang des amours je t'aime
Pieds savants pieds qui se raidissent je vous aime
Reins chevaucheurs reins puissants je vous aime
Taille qui n'a jamais connu le corset taille souple je t'aime
Dos merveilleusement fait et qui s'est courbé pour moi je t'aime
Bouche ô mes délices ô mon nectar je t'aime
Regard unique regard-étoile je t'aime
Mains dont j'adore les mouvements je vous aime
Nez singulièrement aristocratique je t'aime
Démarche onduleuse et dansante je t'aime
O petit Lou je t'aime je t'aime je t'aime
Guillaume APOLLINAIRE - Poèmes à Lou, 1915
Libellés :
Apollinaire
Coucher avec elle
Coucher avec elle
Coucher avec elle
Pour le sommeil côte à côte
Pour les rêves parallèles
Pour la double respiration
Coucher avec elle
Pour l'ombre unique et surprenante
Pour la même chaleur
Pour la même solitude
Coucher avec elle
Pour l'aurore partagée
Pour le minuit identique
Pour les mêmes fantômes
Coucher avec elle
Pour l'amour absolu
Pour le vice, pour le vice
Pour les baisers de toute espèce
Coucher avec elle
Pour un naufrage ineffable
Pour se prouver et prouver vraiment
Que jamais n'a pesé sur l'âme et le corps des amants
Le mensonge d'une tache originelle
Robert DESNOS, 1942
Coucher avec elle
Pour le sommeil côte à côte
Pour les rêves parallèles
Pour la double respiration
Coucher avec elle
Pour l'ombre unique et surprenante
Pour la même chaleur
Pour la même solitude
Coucher avec elle
Pour l'aurore partagée
Pour le minuit identique
Pour les mêmes fantômes
Coucher avec elle
Pour l'amour absolu
Pour le vice, pour le vice
Pour les baisers de toute espèce
Coucher avec elle
Pour un naufrage ineffable
Pour se prouver et prouver vraiment
Que jamais n'a pesé sur l'âme et le corps des amants
Le mensonge d'une tache originelle
Robert DESNOS, 1942
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Desnos,
surréalisme
Mysticis umbraculis
Elle dormait : son doigt tremblait, sans améthyste
Et nu sous sa chemise, après un soupir triste,
Il s'arrêta, levant au nombril la batiste.
Et son ventre sembla de la neige où serait,
Cependant qu'un rayon redore la forêt,
Tombé le nid moussu d'un gai chardonneret.
Stéphane Mallarmé, Poésie, 1887
Et nu sous sa chemise, après un soupir triste,
Il s'arrêta, levant au nombril la batiste.
Et son ventre sembla de la neige où serait,
Cependant qu'un rayon redore la forêt,
Tombé le nid moussu d'un gai chardonneret.
Stéphane Mallarmé, Poésie, 1887
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